Formation professionnelle. Les clés pour s’y retrouver.
La formation professionnelle relève parfois du casse-tête pour des chefs d’entreprise souvent effrayés par la lourdeur administrative du système français. Un système qui vient de faire l’objet d’une nouvelle réforme visant à orienter les fonds de formation vers les salariés les plus fragiles, mais aussi vers ceux des PME. Considérée, crise oblige, comme une variable d’ajustement en 2009, la formation pourrait bien rebondir en 2010 avec la mise en place de nouveaux dispositifs. Et si vous profitiez enfin de vos contributions formation?
Dossier réalisé par Simon Janvier
«Mon plan de formation était bouclé. J’avais des financements de la Région et mon Opca me demande de remonter l’ensemble du dossier. C’est à rien n’y comprendre». Ce cri du coeur formulé par un chef d’entreprise de la navale résume le sentiment de bon nombre de dirigeants littéralement noyés face à la complexité du système français régissant la formation professionnelle. Et même les grands groupes semblent s’y perdre! «J’ai actuellement une entreprise de 5.000 salariés qui souhaite nous confier la gestion de sa fonction formation car elle juge que c’est trop lourd à porter», indique sous couvert d’anonymat ce responsable d’un important Opca (Organisme paritaire collecteur agrée). Si le constat de la complexité de la formation professionnelle est récurrent, il révèle aussi des disparités entre entreprises. Selon une enquête 2009 du Cereq (centre d’étude et de recherche sur les qualifications), les grandes entreprises sont toutes formatrices alors que seulement 56% des plus petites le sont. Et la crise aidant, bon nombre d’entreprises et de PME en particulier ont encore réduit leurs budgets formation. «En période de crise, les deux premiers budgets sur lesquels les entreprises rognent, ce sont la communication et la formation. Cela s’est vérifié en 2009», note Xavier Masse, P-dg de Tendance RH, cabinet d’études et de formation spécialisé dans le droit social et la gestion des ressources humaines.
Les entreprises de moins de 20 salariés pénalisées
Surtout, le fossé se creuse aujourd’hui entre les entreprises de dix à 19 salariés et les autres puisque 82% de celles comptant plus de 20 salariés affirment avoir recours à la formation. Pourtant, petites et grandes entreprises mettent la main à la poche pour financer les dispositifs de formation mais au final toutes n’en tirent pas les mêmes bénéfices quant à la montée en compétences de leurs salariés. La loi du 24novembre dernier sur la formation professionnelle, dont les décrets d’application paraissent les uns après les autres, vise à orienter les fonds de formation vers les salariés les plus fragiles mais aussi vers ceux des PME. Comment s’y retrouver dans le millefeuille législatif de la formation continue et pouvoir bénéficier des différents dispositifs de formation? Éléments de réponse.
Comment choisir son prestataire?
Sur le marché pléthorique et hétérogène de la formation professionnelle, le choix du prestataire s’avère aussi déterminant que compliqué.
Face aux 45.000 organismes de formation recensés sur le marché français, les entreprises, en particulier les PME, manquent souvent de repères face à une offre très hétérogène. En matière de formation professionnelle, il existe bien les normes Afnor, Iso 9001 ou encore le label OPQF (Office professionnel de qualification des organismes de formation) de la Fédération de la formation professionnelle. Mais ceux-ci ne garantissent pas véritablement la qualité des formations dispensées. «Il y a bien des certifications de formation mais elles sont relativement faciles à obtenir pour les organismes. La qualité d’une formation dépend avant tout des encadrants et la nouvelle loi impose désormais aux organismes de formation de divulguer aux entreprises le nom et les qualités de ses formateurs. Avant de s’engager dans telle ou telle formation, je conseille donc aux entreprises de se renseigner sur les compétences des formateurs», explique Xavier Masse, dirigeant de Tendance RH, cabinet d’études et de formation spécialisé dans le droit social et la gestion des ressources humaines.
Menez l’enquête
Pour s’assurer du professionnalisme des formateurs, certains grands groupes n’hésitent pas à les tester avant de s’engager contractuellement. Beaucoup d’entreprises considèrent que le choix de l’organisme de formation n’est pas stratégique alors qu’au contraire, il s’agit de se comporter comme un consommateur exigeant. N’hésitez pas ainsi à questionner votre futur prestataire. Est-il spécialisé ou non dans certains secteurs d’activités? A-t-il déjà traité des demandes telles que la vôtre, et pour quels résultats? Cette petite enquête permet le plus souvent d’écarter les organismes de formation les moins performants.
Opca.Refonte du système pour mieux accompagner les PME
Souvent pointés du doigt ces dernières années, les organismes collecteurs se trouvent placés en première ligne de la Loi du 24novembre dernier avec une réforme les concernant directement.
Ces dernières années, les Organismes paritaires collecteurs agréés (Opca) ont fait l’objet de sévères critiques quant à leur mission et à leur organisation dans le système de formation professionnel français. Dans un rapport de 2009, l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) pointait du doigt le manque de services et de conseils délivrés aux entreprises et en particulier au PME par des Opca se cantonnant davantage à un simple rôle de collecteur. Dans ce même rapport, l’Igas fustigeait l’opacité financière des Opca.
Seuil de 100M€ par Opca
Face à ce constat, les Opca sont sommés par le gouvernement de revoir leur copie. Outre leur contribution au FPSPP (lire par ailleurs), la loi annonce en effet la réforme des Opca qui passe par une modification de leur agrément. Le nombre d’Opca doit ainsi être réduit sensiblement en élevant leur seuil de collecte à 100millions d’euros afin de passer d’une centaine à une soixantaine d’organismes collecteurs d’ici au 1erjanvier 2012, date de validité des agréments des Opca. D’ici là, certains petits ou moyens Opca vont donc être amenés à fusionner. Outre ce nouveau seuil financier, d’autres conditions d’agrément sont précisées, comme les «performances de gestion», la cohérence du champ d’intervention ou la nature des services rendus à leurs adhérents. «Pour certains Opca, c’est clair qu’il y a un manque de compétences et de personnels dans ce domaine. Le service rendu aux entreprises adhérentes dans le choix de leur formation n’est pas suffisant et certains font même de la rétention d’information», confie ce responsable d’un important Opca.
Nouveau rôle de conseil
La loi invite les Opca à évoluer vers un rôle de conseil et de «services de proximité» auprès des entreprises, en particulier des PME et des TPE, le plus souvent perdues dans les méandres administratifs de la formation professionnelle. Ces Opca devront désormais faire un audit des compétences et des besoins de formation dans les entreprises. «Cette réforme va dans le bon sens puisqu’elle va permettre davantage de proximité entre Opca et PME-TPE qu’ils vont devoir guider dans l’élaboration de leur cahier des charges en matière de formation professionnelle», explique Jean-Michel Pottier, président de la commission formation et éducation de la CGPME. La réforme prévoit enfin que les Opca seront évalués tous les trois ans sur la mise en oeuvre de leurs nouvelles missions de conseils et de services aux entreprises.

